11 janvier 2012

L’ère des Business Punks

La technologie et l’entreprise sont les nouveaux terrains de jeu des punks. Manifeste pour une nouvelle façon d’approcher le business.

Xavier Niel a fait fort. Bouleversant les codes du secteur mobile en lançant ses tarifs mobile à un prix jamais vu, en choquant les consommateurs en les traitant de pigeons, en taclant la concurrence avec une attitude d’une désinvolture rare tout en étant extrêmement préparée, le patron de Free a marqué de son empreinte une nouvelle ère : celle des business punks.

Il s’inscrit dans une tradition qui ne date pas d’hier mais qui a de plus en plus d’adeptes : les patrons punk. C’est comme si l’entrepreneur avait voulu suivre à la lettre les 15 commandements du manifeste du Punk Marketing, livre de Richard Laermer et Mark Simmons, paru en 2007 parmi lesquels figurent des conseils définitifs comme : « Faites vous des ennemis », « Prenez des risques ou mourez », « Exposez-vous », « N’écoutez pas vos consommateurs » ou encore « Ne laissez personne décider à votre place »…

Une attitude très punk appliquée au business, comme le mouvement exprimant une révolte contre les valeurs établies dans les années 70. Un mouvement sous-tendu par une farouche volonté d’indépendance. Très marqué par le mouvement dada, le nihilisme et les philosophie libertaires, ce mouvement accouche de groupes majeurs comme les Sex Pistols, inspirés par la créatrice Vivienne Westwood, et par le très influent manager Malcolm McLaren, très tourné vers le business, créant son monstre comme un produit marketing.

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2 commentaire(s)

  • Damien - 13 janvier 2012 à 16:40

    J’ai la même vision que toi sur le phénomène, mais je n’en arrive pas à la même conclusion...
    Comme tu le soulignes en parlant des punks qui se font prendre en photo, on en arrive à avoir des élites qui peuvent avoir l’apparence du punk, le goût du punk, le comportement punk, mais qui au final, n’ont plus rien de punk, si ce n’est même l’inverse !

    Ton article m’a rappelé une interview de Marc-Edouard Nabe pour Arret sur Images en Novembre 2010.
    Il répondait :

    "Ce n’est pas un hasard si tous les fameux décisionnaires dont je parle à ce moment là dans le livre sont des rockeurs, des amateurs de rock. Serge July par exemple ou Pierre Lescure, pour prendre des gens qui ont eu du pouvoir dans les années 80, ou Laurent Joffrin... Ca imprime toute une culture, une vision de la civilisation dont ils n’ont pas peut-être mesuré les conséquences mortifères sur les futures générations.
    C’est mortifère d’enfermer et de culpabiliser toute une ou deux génération, même maintenant trois ou quatre, dans cette espèce de rockisation complète du monde. Par exemple, prenons l’expression "Rock&Roll, quand on dit par exemple "Il est très rock&Roll", ça veut dire rebelle, un peu trash, un peu cool, qui n’est pas dans les normes classiques, bourgeoises, de la droite Gaulienne ou franchouillarde, etc. Et ça c’est faux ! Tout d’abord, c’est hyper négatif, et c’est une facilité pour faire passer toute une institution, tout un conformisme horrible, qui sous l’appellation rock&roll passe encore mieux pour induire les gens en erreur.
    Que ça soit musical ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est que ça a été développé en culture et en civilisation complète, en état d’esprit. Une forme supérieur de façon de vivre, anti-bourgeoise, décontractée, pleine de "fantaisie", pleine de subversion et de liberté.
    C’est Faux ! C’est un enfermement dans une autre forme de bourgeoisie, qui est donc une bourgeoisie rock&roll.
    Tous ces gens dont je parle, les décisionnaires post-soixante-huitards de la Mitterandie, ont quand même valorisé de la sous culture et une rockisation complète des esprits, avec en plus un sectarisme terrible.
    Aujourd’hui, quand je vois que des jeunes gens ont envie de se débarrasser de ça, et reviennent d’une façon très naturelle à chercher des références qui ne sont pas les références des gens qui décidaient tout pour eux dans les année 80, c’est à dire leur père ou leur grand-père, je trouve ça très sain."

    Pour moi, le phénomène n’est donc pas nouveau. Au final, on ne sent plus vraiment le punk dans le mélange. Ardisson par exemple, dans un sens c’est l’ancètre de Fred et Farid. Mais sans aucun jugement de valeur, il n’a plus grand chose de punk, c’est juste un grand bourgeois des élites comme par le passé.
    Donc que ça soit punk ou rock&roll, pour moi, cela n’est qu’un même habillage habille. On nous refait le coup de l’underground qui "casse des barrières établies". Mais de la même manière que certains punk finissent en amuse-touristes, beaucoup de Business punk ou de mecs rock&roll finiront avec femme et enfants, à ouvrir un bonne bouteille dans leur maison de campagne et ils finiront par gérer leur boite comme tout le monde.
    C’est assez troublant de voir que ces mecs là n’ont pas épousé leur modèle jusqu’au bout. Ils ont voulu renverser la table sous couvert de rock ou de punk, mais quand la fête se termine, ils en reviennent tous à investir dans l’immobilier, monter des boites et ne pas oublier de faire la foire aux vins.

    Tu termines ton article exactement là ou je voulais en venir. "Remember Bernard Tapie". Ca devrait plutôt sonner comme un avertissement que comme un clin d’oeil ! On est entrain de se refaire les années 80. Les patrons punks qui incarnent la réussite et le leadership, on a pas déjà vécu ça ?
    Espérons au moins que quelqu’un en fasse un nouvel "American Psycho".

  • Olivier - 14 janvier 2012 à 22:56

    Oui.

    Mais non.

    McLaren n’était pas un "punk", c’était un malin doublé d’un escroc. Nuance. Parce que si cet homme figure le punk, alors le punk ne signifie rien d’autre qu’une sorte de marketing disruptif. Et là Mc Laren était doué. Mc Laren a formé les Pistols de toutes pièces. Un boys band en somme. Il s’est rué vers le punk parce que c’était une niche intéressante repérée aux Etats Unis bien avant (Ramones, New York Dolls, etc...). McLaren n’était pas un punk, c’était un habile manipulateur qui a enflé ses artistes et les imbéciles qui l’ont écouté. (Qui se souvient encore de sa lamentable reconversion dans le hip hop, circa 1983 ?)

    Business Punk, c’est à peu près aussi absurde que "porno romantique". Les punks étaient aussi éphémères que nihilistes, aussi peu malins que touchants, aussi sales qu’authentiques. Autant de notions qui n’ont guère leur place dans le business. Ou alors on ne pratique pas le même. J’ai croisé assez peu de punks à chiens dans les briefs créa, pour ma part.

    Il en existe, des punks. Ils ont soigneusement évité de devenir un business. (cf le label Dischord, puriste, indé, et intransigeant) ou ils ont implosé en vol (cf les tous les groupes et artistes trop radicaux pour durer, disparus en quelques années).

    Plus important encore, les punks originels ne prétendaient rien créer. Il déconstruisaient (la musique, le rock, les looks, les chansons, le son, l’art, etc...) On est dans le Do It Yourself le plus pur. Dans l’amateurisme et la démerde, dans la dope et la loose. Le contraire d’un bon business en somme.

    Une figure du business qui se rêve en punk, c’est drôle comme un Johnny qui se rêve en Hell’s Angel. Mais il faudrait faire preuve d’une bien grande naïveté pour y croire.

    Non, tous ces gens "disruptifs" ne sont pas des punks. Et ce n’est pas grave. Ils ont au moins le mérite d’être moins ennuyeux que leurs contemporains. C’est déjà ça. Ils ont le mérite de l’audace et c’est encore mieux. Mais laissons les punks tranquilles. Jobs n’était pas un punk, ni même un hippie, Niels pas plus, Branson encore moins.

    N’enlevons pas à la comète punk la seul chose qui lui reste : une jolie naïveté idéaliste, à des années lumières de stratégies à l’oeuvre dès qu’il est question, non de survivre off système, mais de changer la donne à l’échelle d’un marché entier.


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