4 octobre 2012

Le cygne noir et l’eucatastrophe

Le monde connaît un épisode de crise sans précédent. Mais si tout s’arrangeait soudainement ? Comme dans un conte de fées ? C’est ce que l’on appelle « l’eucatastrophe », un événement mystérieusement positif pouvant changer le cours de l’histoire… même si rien n’est jamais acquis.

Crises et solutions anti-crise, changements de régime et transitions politiques, accords diplomatiques et retournements de situation, solutions providentielles… L’actualité nous a fait entrer depuis un certain temps déjà dans des storytellings qui prennent parfois un tour un peu différent de ce qui aurait pu être imaginé logiquement. C’est le principe du « Black Swan ». L’économiste libano-américain Nassim Nicholas Taleb a développé une théorie sur le rôle de l’imprévu et le potentiel d’étonnement généré par des situations, des accidents, des événements totalement imprévisibles.

Son livre (« Black Swan ») a été décrit par le magazine britannique Sunday Times comme un des ouvrages les plus influents depuis 1945. Dans cet essai, Taleb se base sur le fait que nous déduisons toujours qu’une chose est impossible si nous ne la voyons pas. Par l’observation nous pensons que les cygnes sont blancs, jusqu’à ce qu’un cygne noir apparaisse et remette totalement en cause notre perception du monde. Mais rien ne nous permettait d’imaginer qu’une telle créature existât.

Pour l’économiste, l’apparition d’Internet, la première Guerre Mondiale et les attentats du 11 septembre 2001 sont des cygnes noirs. Taleb avait ainsi « prévu » la crise économique de 2009 en critiquant les méthodes de régulation économiques ne se basant que sur l’observation et la réaction par rapport à des événements s’étant déjà produits, excluant totalement l’improbable. Mais le Black Swan est souvent vu comme un phénomène négatif. Il peut aussi être positif. Car au pire peut succéder un retournement de situation positif. Le meilleur, même imprévu, n’est jamais à exclure.

« L’eucatastrophe » est un terme lumineux qui peut décrire l’état dans lequel le monde pourrait se retrouver plongé ou qu’il ne faut en tous cas pas exclure. Ce néologisme a été imaginé par JRR Tolkien, l’auteur d’ouvrages mythiques comme « Le Seigneur des Anneaux » ou « Bilbo Le Hobbit ». Inventé par Tolkien lors d’une réflexion sur la fonction des contes de fées dans le cadre de la rédaction de son essai « Du Conte de Fées » publié en 1947, il désigne un changement radical, dans le cours d’un conte ou à sa fin, allant dans le sens de la victoire ou de l’accomplissement positif de la quête d’un des personnages.

En injectant le préfixe « eu » (qui signifie « bon »), au mot grec « catastrophe » signifiant un événement soudain, négatif, provoquant la ruine, la mort, Tolkien invente le retournement positif. Un événement inattendu pouvant changer le cours des choses.

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