26 avril 2012

Le prochain président devra gérer les imaginaires

Qui dit suffrage universel dit lien direct entre le peuple et l’élu. Les électeurs français ont voté. Le premier tour de la Présidentielle a été une étape vers la sélection du prochain Chef de l’Etat. Mais au-delà du court terme, celui-ci devra aussi gérer les imaginaires.

La démocratie et le suffrage universel réservent toujours des surprises. Ce suffrage n’a pas fait exception. Les suffrages exprimés ont montré de vraies surprises, au premier chef d’entre elles le score élevé de Marine Le Pen. Les sondages ne l’avaient pas vu venir. Mais est-ce vraiment une surprise ? Les enquêtes d’opinion prennent le pouls d’un échantillon, là où l’essentiel se joue ailleurs : dans l’imaginaire collectif. Or l’époque crie et suinte du mythe. Nous sommes au commencement d’une réinvention qui se refonde sur les imaginaires collectifs. Et des pays qui, comme la France, ont fait le choix de confier au peuple entier la responsabilité de choisir leur exécutif ne peuvent s’étonner des résultats.

Une chose est sûre, le « village global » dont parlait Marshall McLuhan bruisse, grouille, se rassemble de plus en plus autour d’une certaine animalité et d’une émotion palpable. La foule décide. Globalement et localement, car elle n’est plus uniquement sur les marchés mais aussi sur les réseaux sociaux. Dans cette émotivité collective, la “pensée de la place publique” a une grande importance. La foule est de plus en plus présente et en en période d’élection, elle a le pouvoir, ou tout au moins, « fixe » les décisions.

Est-ce un hasard si Pan, cousin indo-européen de Dionysos - dieux des troupeaux et de la nature toute entière - est aussi le dieu de la foule et en particulier de la foule orgiaque et hystérique ? Pan avait la capacité de faire perdre à l’humanité son côté humain pour lui redonner son animalité dans la promiscuité de la foule. Le mot « pan-ique » vient de là. Les foules regroupées (paradoxalement) dans les urnes et d’une manière quasi-magique dans le secret de l’isoloir, mais également collectivement dans les rassemblements des Indignés, lors d’événements sportifs, de concerts rock ou de rassemblements religieux nous le rappellent sans cesse : Pan se rappelle à nous, comme revivifié, remythifié, car la foule n’a jamais été aussi présente, dans les grandes villes, les flashmobs ou Facebook.

C’est ce qu’ont souligné des auteurs comme Gilbert Durand, qui dans Introduction à la Mythodologie propose une lecture résurgente du mythe de la foule. Pour Durand, « Les dieux ont soif » et parfois « se vengent en déchaînant obscurément dans les ténèbres des inconscients la tempête des dieux ». Parmi les causes de la montée de phénomènes funestes au XXème siècle comme l’hitlérisme se trouvent bien évidemment des problèmes contemporains mais également le complexe lié à la défaite du IIIème Reich, la fin de la dynastie impériale et la psyché sociale.

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