10 janvier 2013

Mais où est passée l’innovation ?

C’est le début de l’année, propice à toutes les prédictions de toutes sortes. Mais à l’heure où le CES 2013 bat son plein à Las Vegas on se rend compte que l’innovation semble paradoxalement être en panne... Est-ce d’ailleurs une mauvaise nouvelle ?

On s’enthousiasme ces jours-ci au CES pour des écrans géants, des objets connectés, des fourchettes capables de faire maigrir en comptabilisant vos aliments et en vous conseillant sur votre régime alimentaire ou pour des dispositifs permettant de diriger sa télévision avec les mouvements oculaires. Pour autant on a l’impression qu’on est la réinvention d’un quotidien et une amélioration des devices existants plutôt que dans des réelles innovations. Innovation vient du latin in (dans) et novare (renouveler). L’innovation est donc l’action d’introduire quelque chose de nouveau en terme d’usage. Le suffixe « in » induit en effet la création de quelque chose qui n’existait pas. On est aujourd’hui moins dans l’innovation que dans la novation.

Un article brillant de Rémi Sussan, publié le 9 janvier sur Internetactu, citant et analysant le nouvel ouvrage du futurologue britannique Richard Jones « Soft Machines » pose la question : « Et si, loin de vivre une explosion d’innovations, nous nous trouvions plutôt dans une phase de blocage ? Car s’il est vrai que nous assistons aujourd’hui à une multiplication des usages, ainsi qu’à un raffinement et une simplification de technologies déjà existantes (smartphones, web 2, etc.) les véritables innovations de rupture tardent finalement à se manifester ».

Deux blocages seraient à l’œuvre, parmi lesquels une vision naïve très « darwinnienne » de l’évolution technologique alors que les grandes évolutions sont soumises à des centres de décisions très influents proches des grandes puissances politiques et économiques et également une limitation économique très conjoncturelle : « pas question d’imaginer des recherches exigeant plusieurs années, surtout, lorsque, rappelle-t-il, les entreprises rejettent de plus en plus les investissements à long terme ». L’innovation, la vraie, est donc très certainement menacée.

Mais il y a aussi un autre facteur, plus irrationnel celui-là : la crise ou l’absence de « sacré technologique ». Régis Debray a dit que nous avons « l’idéologie de notre technologie ». Si la technologie est au centre de tout aujourd’hui, quel est son projet ? Où allons-nous et comment voyons-nous notre propre futur ? Carl Gustav Jung a démontré que les plus grands mythes ont une pertinence formidable en ce qu’ils se cristallisent autour de l’imaginaire de l’époque, de manière autonome, parfois même jusqu’à s’incarner dans des manifestations physiques. C’est ce que Jung, dans un de ses derniers ouvrages, « Le Mythe Moderne », décrit en parlant des soucoupes volantes. Pour le psychanalyste, les phénomènes mythiques s’incarnent dans une époque, influencée par la psyché collective. L’origine du mythe serait ainsi anticipée, pensée, voulue de manière inconsciente par l’Homme et sa conscience collective.


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