6 octobre 2013

Nos 20 prochaines années

A quoi ressembleront nos 20 Prochaines Années ?

J’ai participé le 30 septembre dernier à une conférence passionnante sur le thème du futur dans le cadre officiel des conférences et événements de la Foire de Marseille, devant un public nombreux de professionnels du marketing et de curieux à l’invitation de mon ami Georges Lewi

Un excellent article publié par DestiMed accompagné de quelques photos retrace en intégralité les débats de cette conférence ICI et vous trouverez ci-dessous le texte sur mon intervention.

Merci encore à Georges et mes amis Mythologues / Mythographes ;)

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(Propos recueillis par Serge Payrau - DestiMed)

Thomas Jamet, président de l’agence de publicité numérique Moxie, appartenant au groupe Publicis, qui dispose d’antennes à Paris et New York. (...) se demande de quoi demain sera fait ou en quoi le digital bouscule nos vies. Le publiciste n’hésite pas à évoquer un de ses livres intitulés « Ren@issance mythologique » (*). « Est-ce que l’on est transformé par le digital ou la technologie ? Il y a cette génération Y, ces enfants qui sont immergés dans cette technologie et qui s’amusent avec une tablette ou un mobile. Quoi de plus normal après tout puisque l’interface est facile. Mais est-ce que ça va modifier de manière profonde l’évolution de notre société ? », s’interroge-t-il. Avant de ne laisser à personne le soin de répondre « oui » car « la technique a toujours façonné la culture et l’évolution de la société ». Or, c’est la clé de l’analyse de Thomas Jamet : tout ce que « le digital », que l’on peut aussi appeler « le numérique », bouleverse dans nos existences, avec, « à l’ère d’Internet », les mobiles ou les jeux vidéo interactifs, « tout cela se rapproche d’univers qu’on connaît déjà ». Et le publiciste d’en conclure qu’au final il n’y a « rien de nouveau sous le soleil ».

« Nous sommes toujours dans les mêmes blasphèmes »

Pour étayer sa démonstration, Thomas Jamet revient à l’époque de la mythologie, ce temps où de brillants philosophes comme Socrate et Platon estimaient que « l’écriture diabolique » allait « tuer l’oralité ». « Nous sommes toujours dans les mêmes blasphèmes, observe-t-il, comme quand on disait que l’imprimerie allait tuer le livre ou que la télé allait tuer la radio. Or, rien n’a vraiment tué l’autre mais chacun a créé, à chaque fois, une nouvelle société. »

Ainsi, loin de verser dans le catastrophisme, le publiciste rappelle combien ces évolutions ont pu être par le passé source d’émancipation. Il se souvient ainsi qu’avant l’imprimerie, la Bible était le seul livre imprimé. Et de noter que la sortie de ce carcan a abouti au siècle des Lumières. Il revient aussi sur le rôle de la télévision qui, « au début de la mondialisation, de la globalisation, à la fin des années 1960 », a créé « des repères mondiaux ». Ce fut ainsi le cas à travers les émissions consacrées à la mort de John Fitzgerald Kennedy en 1963 ou, près d’un quart de siècle plus tard, à celle de Lady Diana en 1997. Mais Thomas Jamet n’omet pas non plus de citer le walkman, cet appareil oublié qui a connu son heure de gloire au milieu des années 1980, qui, à ses yeux, « a individualisé les médias » et ainsi « préparé l’ère d’Internet ». Et d’insister sur « l’impact formidable » de la toile qui permet « la connexion des gens entre eux ».

Mais si l’ère numérique ne ferait au final que redessiner les mythes de notre société, elle le fait cependant à une vitesse hallucinante. « Il a fallu 38 ans aux radios pour atteindre le seuil de 50 millions d’auditeurs, 15 ans à la télévision, 4 ans à Internet et 2 ans à Facebook, souligne-t-il. On est dans une accélération du temps avec des contenus, que l’on peut arrêter, zapper, qui façonnent notre rapport au temps. » Autrefois limitées à un nombre restreint (affichage, publicité…), il existe ainsi aujourd’hui une multitude de sources de médias. Et surtout, tout est désormais « en temps réel ». « On est absolument sûr que tout ce qui se passe se fait en temps réel. Les journalistes vont désormais sur les réseaux sociaux Twitter pour avoir l’info, ils ne scrutent plus la dépêche AFP », résume-t-il.

La mort de Mickaël Jackson à l’été 2009 et les démêlées de Dominique Strauss-Kahn avec la justice américaine au printemps 2011 ont été à ses yeux la parfaite illustration de cette nouvelle donne. « Avant il y a quelques heures entre la nouvelle et la diffusion de la nouvelle. Là, au moment où Mickaël Jackson est mort, le moteur de recherche Google a sauté, pensant à une attaque face au nombre de requêtes concernant le chanteur. Les téléphones portables se sont mis à crépiter. C’est quelque chose qui multiplie les émotions. Quant aux chaines d’information continue et au réseau Twitter, ils ont fait vivre l’affaire DSK quasiment en temps réel : les médias façonnent un monde plus irrationnel », estime-t-il. Le publiciste y voit « la revanche de Zarathoustra », ce personnage que Friedrich Nietzsche met en scène dans « Ainsi parlait Zarathoustra », un poème philosophique publié entre 1883 et 1885. « La logique a tué le mythe et aujourd’hui c’est le côté plus irrationnel qui revient. Ce besoin de ressentir des émotions en temps réel nous plonge dans l’ère du mythe », analyse Thomas Jamet.

« Les artistes prennent de plus en plus la place de la politique et de la religion dans un monde de plus en plus difficile à comprendre »

Il considère également que « les réseaux sociaux nous permettent de retrouver une part de notre humanité ». « Plus on est connecté au réseau, plus on est capable d’échanger et d’avoir une opinion respectable. On n’est absolument pas dans quelque chose qui déconnecte : les gens sur Facebook se rencontrent », insiste-t-il. Ce qui aboutit selon lui à « la création d’un grand tout beaucoup plus marqué qu’auparavant où les humains se rencontrent davantage ».Un monde où les artistes, à l’instar de Lady Gaga, vont pour leur promotion « s’inventer des personnages pour être complétement dans l’irrationnel ». « Les artistes prennent de plus en plus la place de la politique et de la religion dans un monde de plus en plus difficile à comprendre. La post modernité, avec un modèle social, un modèle de famille est en train de se déliter », tranche Thomas Jamet.

Mais son retour de la discussion doit aussi être apprivoisé, comme le souligne en citant les exemples de la marque Gap, un groupe de magasins basé à San Francisco, qui a dû en 2010 renoncer à changer son logo « suite à la fronde de millions de personnes », et de la marque Barilla qui « a dû présenter des excuses publiques en moins de 48h pour avoir dit qu’il n’y aurait jamais d’homosexuels dans ses pubs ». « Il faut gérer cette pensée de la place publique, ce qui va forcément modifier notre société », insiste-t-il. Dans ce contexte, le publiciste n’hésite pas à prendre « trois paris » pour les 20 ans à venir. Il estime tout d’abord que « de nouveaux phares vont apparaître, mystification, grands spirituels numériques » car « la technologie est indispensable à nos vies et c’est autour de ça que vont se construire nos sociétés ». Il juge également que « la science-fiction est la nouvelle réalité » dans un futur davantage « source d’interrogations » que de progrès. « On a des choses possibles aujourd’hui que les auteurs de science-fiction ont imaginé il y a quelques temps. Comme toujours dans l’histoire, les évolutions de la technologie viennent de la science-fiction. Donc il faut relire les œuvres de science-fiction car c’est là que se trouve la réalité de demain », analyse-t-il.

Thomas Jamet pronostique enfin « un certain retour à la primitivité » avec « des pulsions démultipliées ». « Avant, pour avoir une information, il fallait attendre. Aujourd’hui, tout est accessible à tout moment. C’est un retour à un moment de pulsion, une perte de l’impatience, car dans n’importe quel temps, n’importe quel endroit, sur n’importe quel support, on peut accéder à une information ». Il anticipe aussi « le retour à la religiosité » car « le digital nous permet de nous réapproprier ces pensées magiques, mystiques », et « le temps des tribus » car « la société est de plus en plus fragmentée par centre d’intérêt ou par style de vie, ce qui peut créer des choses positifs ou négatifs ».


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